Histoire d’une fake news : ce que nous enseigne la « carte du déconfinement »

L’affaiblissement progressif de la confiance vis-à-vis du Gouvernement, souvent accusé de manquer de sincérité et de transparence dans la gestion de la crise, est sûrement l’une des autres causes à l’origine de la popularité de ce document.
histoire d’une fake news : ce que nous enseigne la « carte du deconfinement »

Apparue hier sur les réseaux sociaux, une prétendue « carte du déconfinement » aura eu, pendant quelques heures, son quart d’heure warholien sur les réseaux sociaux. Preuve de son succès, celle-ci aura même eu l’honneur d’être évoquée par Cyril Hanouna sur C8, cette nouvelle agora où se fait l’opinion du pays, avant d’être démentie officiellement par le Gouvernement. Si celle-ci a connu un succès aussi fulgurant, c’est d’abord parce qu’elle apparaît conforme aux déclarations du Premier Ministre annonçant un déconfinement régionalisé et progressif, 6 à 8 semaines après son déclenchement – et ce, en dépit d’une erreur grossière trahissant sa nature de « fake », créé à dessein pour tromper (un logo du ministère de la Défense, devenu depuis 2017 le ministère des Armées, un autre de la DRAC des Hauts-de-France, pourtant peu concernée par le sujet du déconfinement). Ainsi, le faux se pare-t-il souvent des atours de la vérité pour mieux convaincre.

Autre raison expliquant sa diffusion massive : c’est aussi parce que cette prétendue carte répond à une question de plus en plus prégnante dans les conversations digitales : à mesure que le pic épidémique s’approche, celui-ci étant à la fois une valeur absolue du nombre de malades et une décélération du nombre de nouvelles contaminations – faisant de ce dernier une sorte de non-événement paradoxal -, les yeux se rivent sur la prochaine étape. Et ce d’autant plus que le danger paraît déjà s’éloigner et que semble faiblir le caractère de nécessité du confinement. L’affaiblissement progressif de la confiance vis-à-vis du Gouvernement, souvent accusé de manquer de sincérité et de transparence dans la gestion de la crise, est sûrement l’une des autres causes à l’origine de la popularité de ce document. Au sein des groupes de « Gilets jaunes » et de certains cercles d’extrême-droite qui en ont assuré la primo-diffusion, la disqualification de la parole officielle au profit de récits alternatifs, souvent cachés, dénués de subterfuges rhétoriques, paraît plus crédible que les dénégations ou les documents sortis de nulle part et prétendument fuités.

Dernier ressort de diffusion à souligner : le rôle des fact-checkers et des dénégations officielles qui, de manière paradoxale, assurent aux rumeurs contre lesquelles ceux-ci se dressent, une sorte de célébrité paradoxale. Un effet qui peut être contre-productif quand cette dénégation n’est pas jugée suffisamment convaincante, et qui se doit d’être la plus vigoureuse possible dans ces temps d’incertitude, propre à toutes les spéculations.

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