Non, Valérie Pécresse n’a pas de « liens secrets » avec Alstom

C’est une rumeur à deux étages, lancée par les médias d’extrême-droite L’Incorrect et Salon Beige, qui vise à insinuer des « liens secrets » entre le groupe Alstom (aujourd’hui racheté par GE) et Valérie Pécresse, avec comme point de départ le mari de la candidate LR, Jérôme Pécresse, qui a occupé et occupe des fonctions importantes au sein des deux entreprises. Ces rumeurs, qui circulent beaucoup sur les réseaux sociaux, attribuent à Valérie Pécresse la responsabilité du programme d’éolien en mer en Bretagne et lient la candidate LR au président de la République, dans une conspiration liée à la vente d’Alstom à GE. Démontage de deux rumeurs basées sur des insinuations et des rapprochements malveillants.

C’est le principe de l’induction politique. Jérôme Pécresse, qui mène depuis trente ans une carrière au sein de plusieurs groupes français et internationaux, est aujourd’hui une cible pour fragiliser son épouse. En décryptant son parcours avec des lunettes déformantes, on espère pouvoir faire retomber un peu de soupçon et de défiance sur son épouse. L’objectif étant de bâtir un narratif pouvant laisser à penser que Valérie Pécresse a usé de ses fonctions électives et ministérielles pour aider les intérêts de son mari. « Salissez ! Salissez ! Il en restera toujours quelque chose ». C’est vieux comme la politique, mais cela continue à fonctionner.

La première rumeur est née d’un article du magazine L’Incorrect, proche d’Éric Zemmour et de Marion Maréchal, qui accuse Valérie Pécresse d’avoir poussé pour le projet d’éolien en mer au large de la Bretagne, lors de son passage au ministère du Budget entre 2011 et 2012, au grand bénéfice de son mari, qui venait d’être nommé à la tête du département énergies renouvelables d’Alstom. C’est sur la base de ces deux nominations à peu près concomitantes, que le magazine d’extrême-droite a bâti un scénario qu’aucun fait sérieux et irréfutable n’étaye, hormis quelques citations de sources anonymes dont la véracité (ou même l’existence) est improuvable.

Ce qui, en revanche est démontrable, c’est que Valérie Pécresse n’a été ministre du Budget que quelques mois (en remplacement de François Baroin, parti au ministère de l’Economie et des Finances), après avoir été ministre de l’Education Supérieure pendant l’essentiel du mandat de Nicolas Sarkozy. Plus important encore, le projet d’éolien en mer a été décidé suite au Grenelle de l’Environnement en 2007, soit 4 ans avant que Valérie Pécresse n’arrive au Budget. Un projet piloté de bout en bout par Nathalie Kosciusko-Morizet, qui était alors ministre de l’Environnement.

La deuxième rumeur, lancée par le site royaliste et proche du Rassemblement National, le Salon Beige, s’apparente à une théorie du complot délirante liée à l’achat d’Alstom par GE en 2015. Emmanuel Macron est alors ministre de l’Economie et des Finances et son ministère chapeaute la vente du fleuron français au groupe américain. Selon Le Salon Beige, qui avance par insinuations sans donner de détails précis sur l’affaire, le président de la République aurait bénéficié de cette vente (notamment pour financer sa campagne), et la candidature de Valérie Pécresse, dont le mari a été un cadre important d’Alstom puis de GE, serait de nature à le protéger au nom d’un « pacte secret » entre les deux candidats, dont on ne comprend pas franchement les tenants et les aboutissants au-delà d’une claire volonté de nuire à Valérie Pécresse et à Emmanuel Macron.

Les “liens secrets” imaginaires entre Valérie Pécresse et Alstom sont en réalité à rebours de la réalité. Valérie Pécresse est montée plusieurs fois au créneau contre Alstom en tant que présidente de la région Île-de-France, critiquant publiquement les retards de l’industriel sur les travaux des lignes E e D du RER, ou sa volonté de retirer son offre sur les travaux de la ligne B. La présidente de région a même menacé le groupe de poursuites judiciaires.

Dans les deux cas, il s’agit de rumeurs qui visent avant tout à salir et à fantasmer des collusions entre politiques et milieux d’affaires. Des méthodes chères à l’extrême-droite depuis très longtemps, mais qui connaissent un succès grandissant depuis quelques années, grâce à la caisse à résonnance que constituent les réseaux sociaux. Sans hiérarchie de l’information et travail sur les sources, les Fake News ont autant de poids que l’information vérifiée. Et parce qu’elles sont, par nature, plus explosives que des enquêtes sérieuses et mesurées, elles gagnent rapidement en viralité.

L’objectif de ces deux rumeurs n’est pas difficile à déterminer : fragiliser Valérie Pécresse à trois mois d’une élection présidentielle, faire germer le poison du soupçon dans les yeux des électeurs, et pousser à penser que Valérie Pécresse et Emmanuel Macron sont les deux faces d’un même système corrompu.

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