La France représente-elle 1% de la production mondiale de C02, comme l’indique Éric Zemmour

Invité sur le plateau de Public Sénat mercredi 26 janvier, Éric Zemmour s’est posé en défenseur de l’industrie française. D’après le candidat à l’élection présidentielle, l’Hexagone n’a pas à rougir de son bilan en matière de lutte contre le réchauffement climatique, puisqu’il « représente 1% de la production mondiale de CO2 ». C’est vrai. Cependant, Éric Zemmour n’a pas pris le temps de préciser un autre chiffre : en tenant compte de l’exportation de la pollution, l’empreinte carbone des Français est en réalité 1,7 fois plus élevée.

« Ma priorité est de protéger l’industrie française. Nous n’avons pas à nous flageller au regard de notre bilan en matière de lutte contre le réchauffement climatique puisque nous représentons seulement 1% de la production mondiale de CO2 ». Voici ce qu’a affirmé Éric Zemmour lors de son passage sur le plateau de Public Sénat. Le candidat Reconquête ! ne souhaite pas réduire la quantité de gaz à effet de serre (GAS) produite par l’industrie nationale, et renvoie la balle aux « vrais pollueurs que sont la Chine, les États-Unis où l’Inde ». Si ce pourcentage soulevé par l’ex éditorialiste du Figaro est vrai, ce dernier n’a cependant pas pris le temps d’indiquer un autre chiffre moins flatteur vis-à-vis de l’empreinte carbone réelle des Français. Précisions 

Pour vérifier les propos d’Éric Zemmour, nous nous baserons sur la situation avant la Covid-19, dans la mesure où la pandémie à pousser certaines économies à l’arrêt. Selon BP, la société spécialisée dans le pétrole qui publie chaque année les grandes données de l’énergie dans le monde, la France a relâché 299 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère en 2019. De fait, l’Hexagone représente 0,9% de la totalité des émissions de la planète. L’invité de Public Sénat dit vrai. La France est donc un bon élève. Elle est largement devancée par la Chine, reine de la pollution avec 9825 millions de tonnes de CO2 émises en 2019, soit 29% de l’ensemble des rejets mondiaux. L’empire du milieu est suivi par les États-Unis et l’Inde.

Mais faut-il pour autant attendre « que les grands commencent et nous suivront gentiment », comme l’a résumé le candidat d’extrême droite ? Les États-Unis ne semblent avoir aucune excuse vis-à-vis de l’étendue de leur empreinte carbone. Cependant, il serait injuste de faire porter à la Chine et l’Inde la seule responsabilité du réchauffement climatique. Car une grande part de la pollution de ces pays est liée à leurs exportations vers l’Europe. A l’instar de leurs usines, les pays européens ont aussi délocalisé leur pollution vers l’Asie.

En effet, Éric Zemmour n’évoque pas les estimations annuelles des émissions de CO2 basées sur la consommation des populations, à l’inverse du Global Carbon Project (GCP). Cette organisation publie des données qui prennent en compte les émissions liées à la fabrication des biens consommés. Et c’est là que le bât blesse. Selon le GCP, la majorité des pays de l’Est polluent pour satisfaire la consommation de l’Ouest. A titre d’exemple, les émissions nettes exportées par la Chine représentent 10% de ses émissions. A contrario, les importations nettes de la France représentent 34% de ses émissions nationales. Résultat, l’empreinte carbone réelle des Français est environ 1,7 fois plus élevée que les seules émissions nationales.

La France fait encore figure de bon élève si l’on zoom sur l’Europe. Avec 12% des émissions de gaz à effet de serre liées à son activité industrielle, elle se classe septième du continent. Une réussite notamment possible grâce à son énergie nucléaire. De bons résultats certes. Mais le pays peut mieux faire. A l’origine du 1% des GAS, la France représente également 1% de la population mondiale. De ce point de vue, le bulletin de note est beaucoup moins bon. Si l’on rapporte les émissions de GAS exportées au nombre d’habitants, l’Hexagone pollue plus que la Chine.

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