Non, des accidents nucléaires majeurs n’ont pas été évités de justesse en France par le passé, comme l’affirme Yannick Jadot

En déplacement à Belfort jeudi 10 février dernier pour acter le rachat des activités nucléaires de General Electric par EDF, Emmanuel Macron en a profité pour annoncer la construction de six réacteurs EPR (plus huit posés en option). Une annonce dont l’écologiste Yannick Jadot se serait bien passé, lui qui souhaite en finir avec cette source d’énergie. Sur France 2, jeudi 17 février, le candidat écologiste à l’élection présidentielle a notamment justifié sa position en pointant le manque de sûreté des centrales. « Plusieurs fois, on a été à quelques secondes ou à deux doigts de l’accident nucléaire majeur dans notre pays », a-t-il affirmé. C’est faux, selon les experts de l’Autorité de sûreté nucléaire.  

Suite aux propos tenus par Yannick Jadot, sa porte-parole Marine Tondelier a souhaité apporter des précisions. Elle rappelle que Bernard Doroszczuk, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, évoquait l’absence de risque zéro deux semaines auparavant. “Un accident nucléaire est toujours possible. Ceux qui prétendraient le contraire prennent une grande responsabilité. Je pense qu’il faut rester vigilant, qu’il faut rester réaliste. Un accident nucléaire est toujours possible et cela suppose de l’anticipation », expliquait Bernard Doroszczuk.

Afin d’illustrer la position du représentant d’EELV, Marine Tondelier mentionne des incidents nucléaires qui auraient pu mal tourner :les deux survenusà la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux et celui du côté de la centrale du Blayais. Trois événements qui « ont marqué les mémoires », aux yeux de la porte-parole.

En 1969 et 1980, deux incidents notables sur la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux ont abouti à la fusion d’éléments combustibles dans l’un des réacteurs. Jusqu’à aujourd’hui, ce sont les seuls événements français classés au niveau 4 (sur 7) de l’échelle INES. Si Marine Tondelier ne remet pas en cause le professionnalisme des personnes qui travaillent dans la filière nucléaire, elle souligne que les événements climatiques extrêmes qui vont se multiplier dans le futur mettent toujours plus en péril les centrales.

De son côté, l’inspecteur en chef de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) Christophe Quintin reconnaît les dangers liés aux centrales. Mais il tient toutefois à les relativiser. « On ne va jamais dire que l’accident ne va jamais arriver, pour autant on n’est jamais passés très près d’un incident majeur », assure-t-il. Concernant les deux événements de niveau 4 recensés à Saint-Laurent-des-Eaux, l’inspecteur souligne qu’il n’y avait pas de risque de fusion totale.

L’inondation de la centrale nucléaire du Blayais survenue en 1999 a engendré un incident classé niveau 2 sur l’échelle INES. Un événement déplorable mais au cours duquel les risques de fusion avaient été jugés particulièrement faibles. « Nous n’étions clairement pas à deux secondes d’une catastrophe majeure », précise le représentant de l’ASN.

Christophe Quintin poursuit en soulignant que les deux incidents de niveau 4 survenus à Saint-Laurent-des-Eaux datent respectivement de 42 et 53 ans. « La centrale de l’époque était équipée de réacteurs graphites gaz, une technologie obsolète qui n’est aujourd’hui plus utilisée en France », détaille-t-il. Les technologies employées dans le nucléaire, tout comme les protocoles de sûreté, ont effectivement évolué depuis 1980, réduisant de fait le risque d’événements graves. L’inspecteur en chef de l’ASN conclut en rappelant que le dernier incident de niveau supérieur à 3 sur l’échelle INES date de 41 ans.

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