Non, il n’y a pas 30% d’étrangers parmi les réfugiés ukrainiens arrivés en France, comme l’affirme Marion Maréchal

Dimanche 6 mars dernier, Marion Maréchal a officialisé son ralliement au candidat à l’élection présidentielle Éric Zemmour. Depuis, elle se rend régulièrement dans les médias pour exprimer sa position sur l’actualité politique. Invitée du Grand Jury RTL – Le Figaro – LCI ce dimanche 13 mars, la nièce de Marine Le Pen a notamment indiqué que l’accueil des réfugiés ukrainiens en France était trop laxiste. Selon l’ancienne députée RN, certains réfugiés accueillis à ce jour sur le territoire français n’ont rien à y faire. « Un tiers des Ukrainiens qui arrivent en France ne sont en réalité pas des Ukrainiens. (…) On parle de gens qui n’ont pas la nationalité ukrainienne et qui ne résidaient pas en Ukraine ». Les chiffres officiels la contredisent.

A en croire Marion Maréchal, ce tiers d’étrangers reçus sur le territoire ne seraient pas des expatriés en Ukraine mais bien des sans-papiers. Ces derniers profiteraient actuellement « du couloir migratoire pour pouvoir rentrer dans l’espace Schengen alors qu’ils n’habitent pas en Ukraine ». Invité la veille sur France Info, Nicolas Bay, député européen et soutien d’Éric Zemmour, a lui aussi évoqué ce « tiers de réfugiés qui passent par l’Ukraine (…) mais qui viennent d’Afrique subsaharienne et qui utilisent cette nouvelle voie migratoire pour venir en Europe ».

Mais alors d’où sort cette information ? Dans son argumentaire, la nièce de Marine Le Pen s’appuie sur un article du Figaro mis en ligne le 8 mars et titré : « Guerre en Ukraine : un non-Ukrainien sur trois parmi les réfugiés en France ». Le papier précise que 30% des 5 000 personnes arrivées en France en tant que réfugiés seraient « des migrants d’autres nationalités, dont beaucoup d’Algériens qui se trouvaient en Ukraine au moment du déclenchement du conflit ».

Les journalistes ne citent aucune source, ni aucun élément sur l’origine de l’information. On retrouve seulement la confidence d’« un haut fonctionnaire à Beauvau ». D’après ce dernier, le passage de migrants non-Ukrainiens résulterait de la crise migratoire d’automne dernier entre la Pologne et la Biélorussie. « La plupart des personnes qui étaient refoulées à l’époque ont pu passer depuis et la guerre a rebattu les cartes », explique le haut fonctionnaire.

Il convient donc de se tourner vers le ministère de l’Intérieur afin de recouper ces chiffres et obtenir un décompte officiel du nombre de réfugiés ukrainiens ayant déjà pu être accueillis dans l’Hexagone. En date du 10 mars, selon Beauvau, 7 251 personnes étaient entrées en France depuis le 25 février. Sur ces 7251 personnes, 6 967 ont été enregistrées comme étant de nationalité ukrainienne. Les données du ministère de l’Intérieur recensent 281 personnes de nationalité étrangère, soit 3,8% de réfugiés non-Ukrainiens.

Marion Maréchal et Nicolas Bay ont donc multiplié par 10 la proportion d’étrangers. Si on ne possède pas beaucoup de détails sur le profil des réfugiés, l’Élysée indique toutefois qu’il s’agit essentiellement de femmes et d’enfants. Certaines personnes souhaitent rester dans le pays tandis que d’autres envisagent de se rendre en Angleterre ou en Espagne. L’Élysée conclut en indiquant que ce sont environ 100 000 réfugiés ukrainiens qui sont attendus à terme sur le territoire français.

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Article précédent

Non, Emmanuel Macron n’est pas le seul chef d’État à discuter avec Vladimir Poutine, comme l’indique Stanislas Guerini

Article suivant

Non, la France n’est pas « dernière de la classe » en Europe au sujet des énergies renouvelables, comme l’affirme Anne Hidalgo

Dans la même catégorie
seringues
En savoir plus

Les théories du complot sur le Covid-19 sapent une confiance déjà bien entamée à l’égard de la gestion de crise par les autorités

Les thèses conspirationnistes antérieures à la pandémie mêlant dans un même délire paranoïaque laboratoires pharmaceutiques, grandes banques d’affaires et vieilles rengaines antisémites, ont été dans le même temps actualisées pour l’occasion afin de mieux coller à l’actualité.