Non, un étranger en situation irrégulière ne bénéficie pas de « l’intégralité de la palette de soins gratuits » grâce à l’AME, comme l’indique Jordan Bardella

Palais de l'Elysée

Réserver les prestations sociales aux Français. Voici l’une des mesures phares inscrites dans le programme du Rassemblement national (RN). Son président Jordan Bardella souhaite même supprimer l’aide médicale d’Etat (AME) accordée à certains étrangers en situation irrégulière. Interrogé sur CNews le 24 mars dernier, le jeune député européen a affirmé que l’AME permettait aux étrangers de bénéficier de tous les soins gratuitement. Il a ajouté pouvoir faire des économies en y mettant fin. C’est pourtant loin d’être aussi simple.

« Un étranger, clandestin, qui arrive dans notre pays bénéficie lui de l’intégralité de la palette de soins gratuite, c’est notamment l’aide médicale d’Etat que nous supprimerons. Donc nous réserverons les prestations sociales aux français, croyez-moi ça va faire beaucoup d’économies dans les finances de l’Etat ». Voici la position de Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, à l’occasion de son passage sur CNews jeudi 24 mars. Le bras droit de Marine Le Pen fait pourtant fausse route sur deux points. Premièrement, l’AME ne prend pas en charge toutes les prestations de santé. Deuxièmement, sa suppression pourrait coûter plus cher à l’Etat.

Commençons par rectifier la première erreur de Jordan Bardella. Il est faux d’affirmer qu’un étranger en situation irrégulière bénéficie d’une prise en charge identique à celle d’un autre assuré social français. Rappelons tout d’abord que la procédure pour toucher l’aide médicale d’Etat n’est pas automatique, il faut en faire la demande en déposant un dossier. Tout potentiel bénéficiaire de l’AME doit réunir trois critères : être en situation irrégulière, depuis plus de trois mois en France, et ne pas toucher plus de 727 euros par mois.

Ajouté à cela, un étranger en situation irrégulière éligible à l’AME ne voit pas toutes ses prestations de santé prises en charge par l’Etat. Le dispositif exclut par exemple les médicaments dits « à faible service médical rendu », les procédures de procréations médicalement assistées (PMA) ou encore les cures thermales. D’autre part, tous les soins ne sont pas remboursés à 100%. En effet, l’AME se contente de prendre en charge dans la limite des tarifs de la sécurité sociale de nombreux soins, comme les soins dentaires, les audioprothèses, les lunettes…

Place désormais à la seconde affirmation de Jordan Bardella, soit supprimer l’AME pour faire des économies. Un rapport de l’Inspection générale des finances datant de 2019 rappelle que l’aide médicale d’Etat représente seulement 0,6% des dépenses publiques de santé. Cette statistique permet logiquement de douter de l’intérêt d’y mettre fin. La France recensait 320 000 bénéficiaires du dispositif fin 2018, pour un coût total d’environ 900 millions d’euros.

Par ailleurs, l’Inspection générale des finances estime qu’il faut « envisager avec prudence toute évolution de l’aide médicale d’Etat », dans la mesure où cela pourrait même coûter plus cher à la France. Le risque ? Le renoncement aux soins. Les étrangers en situation irrégulière, sans prise en charge à temps, verront leur état de santé se dégrader rapidement. Par conséquent, il faudra leur prodiguer des soins plus lourds, donc plus onéreux.

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